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 Peste en Berry

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Ysabeau
Conseiller municipal
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Nombre de messages : 8487
Date d'inscription : 26/07/2006

MessageSujet: Peste en Berry   Ven 8 Aoû 2008 - 18:27

Une Puce...

Les curieux événements qui font le sujet de cette chronique se sont produits en 1456, à Bourges. De l'avis général, ils n'y étaient pas à leur place, sortant un peu de l'ordinaire. A la première vue, Bourges est, en effet, une ville ordinaire et rien de plus qu'une capitale de Duché hors du Domaine Royal. La ville est morte. Elle a l'aspect tranquille. Pendant les foires, la foule se presse dans les rues trop petites ; on ne peut plus vivre alors qu'à l'abri de ses propres murs. Bourges est une ville du Berry et, comme telle, divisée en deux clans : ceux qui ont le temps, et les autres, les travailleurs acharnés, bisounours, tamagos... Les Berrichons travaillent beaucoup, mais jamais pour s’enrichir. Ils s'intéressent bien plus à la forêt qu'au bois qu'ils y coupent et ils s’occupent d’abord, selon leur expression, de s'abreuvager. Naturellement ils ont du goût aussi pour les joies simples, ils aiment les femmes, le tir à la corde et la soule. Mais, très raisonnablement, ils réservent ces plaisirs pour le sam


Arrivé là, on admettra sans peine que rien ne pouvait faire espérer aux Berrichons les incidents qui se produisirent à l'orée de cet été 1456, et qui furent, nous le comprîmes ensuite, comme les premiers signes de la série des graves événements dont on s'est proposé de construire ici le récit. Mais il est peut-être temps de laisser les commentaires et les précautions de langage pour en venir au récit lui-même. Le matin du 22 juin, un conseiller ducal sortit du château de Bourges et buta sur un rat mort, au milieu de l'allée. Sur le moment, il écarta la bête sans y prendre garde et descendit en direction de la cathédrale, mais...
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valatar

La réunion du conseil avait été assez agaçante, ce matin là. Il s'agissait de statuer sur un traité diplomatique important, et un conseiller de la majorité avait fini par s'écrier qu'il votait contre, parce qu'il avait la flemme de le lire. Pour finir, comme trop souvent depuis deux mois, la réunion n'avait abouti sur rien, et c'est avec un goût amer dans la bouche que Valatar était sorti du Château de Bourges. Un point cependant ravivait son humeur: il devait retrouver dans l'heure la plus belle femme du monde, devant la taverne municipale, pour la conduire à Culan. Mais avant, il avait prévu de faire un crochet par la cathédrale, pour se confesser. C''est important de se confesser.

A la sortie du château, un rat mort se trouvait sur son chemin. D'un coup de pied, il le poussa sur le côté sans y faire attention, et continua sa route. Mais il fut déjà plus intrigué par un deuxième rat, sur le haut du pavé, que Valatar tenait en bon conseiller ducal. Il ne s'était pas rendu compte qu'il était en train de se gratter le visage. Sur le parvis de la cathédrale, un troisième rat mort... Voilà qui devenait inquiétant. Mais comme il n'avait jamais suivi un seul cours de médecine à l'université, il se contenta de dire:

Il y a une maladie de rats, dans cette ville.

Puis entra dans la cathédrale. Le passage à l'obscurité brouilla sa vue. Ceci est habituel, mais dure rarement plus de quelques secondes. Là, il ne parvint pas même à aller jusqu'au bénitier. Il dut se laisser tomber sur un chaise, près de la porte, car sa vue était totalement floue. Et il ne cessait de se gratter. Les bras, maintenant, laissant de grandes traces rouges. Quand il eut l'impression que sa vue lui revenait, il se releva. Se signa à l'eau bénite, et avança jusqu'au confessionnal. C'était comme si tout tournait autour de lui, et l'intimité (ainsi que le siège) du confessionnal lui firent du bien. Une voix apaisante se fit entendre.

Quelque chose ne va pas, mon fils?

Je ne sais pas, mon père, j'ai froid et ma vue est troublée. Je pense que je suis tombé malade, mais je n'espère rien de trop grave. C'est sans doute une juste punition du Très-Haut pour mes péchés.


Le Seigneur ne punit pas ainsi une personne particulière. Le Pardon est vertu d'Aristote, et si vous venez à confesse, je crois qu'il saura pardonner, comme Christos a su pardonner.


La confession se termina par une absolution et le récit du Crédo, puis Valatar, sentant qu'il avait du mal à marcher, proposa 2 écus à un enfant, pour qu'il l'aide à marcher jusqu'à la taverne municipale. Bien content, le garçon garda pour lui sa pensée qu'un homme incapable de marcher seul avait déjà assez bu pour n'avoir pas besoin de retourner à la taverne. Là, sa femme attendait, non loin du coche qui devait les conduire.

Dans le coche, Valatar ne put produire un seul mot. Il fermait les yeux et attendait patiemment de pouvoir s'allonger: la fatigue le gagnait. Lorsqu'il fut allongé, il demanda qu'on prévienne sa cousine, qui était avec lui le matin même à la réunion du conseil, et qui était experte lorsqu'il s'agissait de médecine. Sans doute était-ce ce que l'on appelait un rhume, mais il ne voulait pas en mourir, pas si jeune, du moins.

Sa femme aimante avait tôt fait de s'éloigner, sur les propres conseils de Valatar, pour éviter la contagion. Et si ladite contagion était déjà en route... Il songea aux rats morts qu'il avait vus... puis à tous ceux et celles qu'il avait croisés... Puis il ferma les yeux. Le sommeil suffirait peut-être à apaiser ses douleurs.
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Terwagne

Ce matin-là, elle s'était levée le coeur un peu lourd, mais pourtant plein de confiance.

De la confiance qu'elle aurait voulu lui transmettre par l'intermédiaire du vent, à lui qui était si loin d'elle depuis plus de vingt-quatre heures, et de qui elle n'avait reçu que bien trop peu de nouvelles, guère réjouissantes en plus.

De la confiance comme lui-même lui en avait si souvent insufflée ces dernières semaines, à chacun de ses doutes, à chacune de ses peurs, à chaque froncement de sourcils sur son visage. Toujours il avait réussi à le faire renaître en elle ce sentiment, tellement fort qu'elle avait en ce moment l'impression qu'il n'était pas prêt de la quitter, quoi qu'il advienne.

Loin, Hugo était loin, encore pour quelques heures qui lui sembleraient forcément interminables, mais c'était surtout la raison de cet éloignement momentané qui lui rendait le coeur lourd... Elle savait que si il était là-bas, c'était pour tout sauf une partie de plaisir, que la fin de ce week-end déterminerait leur vie à tous deux pour les mois à venir, et elle se sentait totalement impuissante à l'aider à surmonter cette "épreuve du feu" comme il l'appelait.

Qu'aurait-elle pu faire ou dire? Chaque mot qu'elle lui écrivait était pesé, réfléchi, de crainte d'accentuer encore le poids qu'il avait sur les épaules, de peur de le faire se sentir encore plus tiraillé. Elle ne savait que trop bien à quel point cela fait mal... Et écrire des lettres d'amour en tentant de rester neutre, cacher le mieux qu'on peut ses sentiments à soi mais en disant tout de même son amour, il n'y a rien de plus compliqué.

Une de ses missives à lui, reçue la veille en fin d'après-midi, lui disait qu'il avait croisé son cousin Valatar sur la route, et que le fait de discuter avec lui lui avait rendu confiance, espoir.

Aussi, vu qu' elle ne parvenait de toute façon pas à se concentrer sur quoi que ce soit, décida-t-elle d'aller lui rendre visite, sans trop savoir pourquoi...

Elle fit d'abord un détour par le Château de Bourges, pour voir si les quotas du duché étaient déjà affichés, puis profita d'être à Bourges pour entrer un instant à la Cathédrale, là où elle avait failli perdre Hugo, tout au début de leur histoire, lors du couronnement de Valatar, à cause du geste d'un fou.

Au moment où elle ouvrit la lourde porte pour entrer, elle croisa celui-ci, en compagnie d'un enfant qui semblait le soutenir, mais il ne l'entendit pas le saluer. Son visage était pâle, et il semblait plus épuisé que jamais, la tête ailleurs.

Elle resta un instant interloquée, pensive, puis s'assit pour prier, avant de quitter les lieux, ne sachant pas trop à quoi occuper sa journée pour qu'elle passe le plus rapidement possible.
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Mentaig

A Baugy.

Mentaïg s'était éveillée avant l'aube. De multiples tâches l'attendaient. Avant de quitter Baugy, elle passa, comme tous les matins, dans la chambre de Gabriel. Le petit garçon dormait encore, et la jeune femme déposa un baiser sur son front avant de s'éloigner sur la pointe des pieds, imaginant des jeux pour les retrouvailles du soir.

Elle ne savait pas encore qu'elle ne le reverrait pas de sitôt.

La séance au Conseil fut morne. La plupart de ses collègues se taisaient, l'attitude de certains autres ne cachait rien de leur désintérêt pour un débat constructif.

Mentaïg sortit peu après son cousin Valatar, qu'elle vit s'éloigner en direction de la cathédrale. Il devait être aussi rageur qu'elle-même, puisqu'il se laissa aller à donner du pied dans un quelconque déchet abandonné sur la chaussée. Le geste de son cousin amena Mentaïg à prendre conscience de sa propre colère, et elle se recomposa aussitôt un visage, avant de monter dans le coche qui la reconduisit à Baugy.

La journée fut longue. Mentaïg croulait sous les dossiers, et il était hors de question d'en laisser un seul en attente pour le lendemain. Mais si, d'ordinaire, elle abattait la besogne avec une régularité de métronome, il n'en était pas de même, ce jour-là. Tout lui pesait. Certes, la situation n'était pas reluisante, certes l'ambiance était exécrable. Mais pas plus que la veille ou l'avant-veille.

J'ai peut-être besoin d'une pause, moi...

En fin d'après-midi, elle se leva pour la vingtième fois, prit l'air quelques secondes à la fenêtre.

Dame Mentaïg ! Ya vot' cousin qu'est pas bien !


Dans la cour, Bacchus agitait sa grande carcasse. Mentaïg se pencha, maîtrisant de justesse un vertige, qu'elle prit pour de la fatigue.

Mon cousin, Bacchus ?

Oui, Dame. Vot' cousin de Culan. I' veut vous voir, l'est pas bien du tout, que m'dit l'Anicet.

Inquiète, Mentaïg hésita. Se rendre à Culan ? Elle ne s'en sentait pas le courage. Il lui restait trop de dossiers à traiter, trop de courriers à écrire. Et elle se sentait si fatiguée !

Faites-lui dire de passer me voir, Bacchus ! Il en profitera pour embrasser son fils.

Bacchus s'éloigna, faisant frémir au passage les feuilles des arbustes. Mentaïg se rassit à sa table de travail, se grattant machinalement la nuque.
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Ysabeau

A Sancerre, la veille

Depuis quelques jours, à Sancerre, des rats étaient retrouvés morts. Au Havre, dans des maisons, dans des échoppes. L'avant-veille, Ysabeau en avait retrouvé un, dans son échoppe. Sans doute Baastet, sa petite chatte... Mais point de traces de morsures.

Les enfants de Saya étaient repartis, la maison était vide.

Ce matin-là, Ysabeau se leva de bonne heure, comme à l'accoutumée, se rendit au bureau de la douane faire son rapport journalier, puis à l'université ouvrir la salle de cours (elle remplaçait le Recteur qui avait pris quelques jours de repos bien mérité), puis au castel des Ambassades.

Le soleil brillait, l'air était un peu lourd, comme si un orage se préparait.

Elle sortit du Castel, revint à Sancerre pour se rendre à l'église. Les clochesappelaient à la messe. En entrant, elle eut comme un vertige. Les bras la démangeaient un peu, elle regarda, une piqûre de puce ? Un moustique ?

Elle s'assit, écouta l'office. Son front se mouilla de sueur, et à nouveau la tête lui tourna. Pourtant elle ne s'était point encore rendue en taverne...

La messe se terminait. L'après-midi commençait, l'air était de plus en plus lourd.

Chancelante, elle sortit de l'église, entra au Havre, toute pâle. Saya et Zambut étaient là, visiblement déjà bien éméchés.


Bonjour Saya ! Bonjour Zambut... je ne me sens pas bien... j'ai la tête qui tourne, et pourtant je n'ai rien bu...

Ils la regardèrent, inquiets... il se trouvait que Mentaïg était à la Rose Noire. Nul doute qu'elle serait de bon conseil. Soutenant Ysabeau, Saya et Zambut se dirigèrent vers la Rose Noire, ruelle des trois Barbeaux.

Elle y entra, seule, ne voulant pas importuner davantage ses amis. D'ailleurs, la taverne était pleine... comme une vache pleine. Fort heureusement Ysabeau y avait une place réservée, en tant que noble.

Mentaïg... j'ai des vertiges, des frissons, ça me gratte... Je ne me sens pas bien...

Mentaïg pâlit, l'air soucieux. Mais ne voulant point dramatiser, elle répondit

Peut-être un coup de chaleur... Va te reposer chez toi, prends de l'écorce de saule, allonge-toi, ça passera peut-être.

Ysabeau chancela. Mentaïg et Terwagne, qui se trouvait également là, l'aidèrent à sortir et à rentrer chez elle

(suite à mon retour de retraite...)

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